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Pour un carême républicain

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En lisant la chronique de François SUREAU dans le quotidien La Croix de ce mardi 16 février 2016, j’ai trouvé cela tellement vrai que j’ai eu envie de reproduire in extenso le texte de son article.

Bonne lecture!

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On a oublié deux droits dans la Déclaration des droits de l’homme, disait Baudelaire, le droit de se contredire et celui de s’en aller. Je voudrais en rajouter un autre, le droit du citoyen à n’être pas pris pour un imbécile par ses représentants. On pourrait même songer à créer une « haute autorité de l’enfumage », qui sanctionnerait les comportements les plus insolents. Elle ne chômerait pas, tant l’activité gouvernementale paraît consacrée à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, ce qui, en ces temps de « transparence » est tout de même un paradoxe.

Le nominalisme en offre le premier exemple: ainsi appelle-t-on, par exemple, juge des libertés le magistrat dont l’occupation essentielle est de conserver les prévenus au violon. Si un gouvernement venait à rétablir demain la peine de mort, nul doute qu’il ne baptiserait sa loi: « loi visant à préserver la vie de tous ». L’activité législative est d’ailleurs devenue la forme moderne du mensonge « citoyen ». L’Etat ressemble désormais à un monstrueux écrivain public, ne sachant plus rien faire que des codes, avec une insistance touchant à la frénésie. Ainsi éviterait-il de s’interroger sur son action. S’il se commet des attentats terroristes, il réforme la Constitution ou prive, pour des durées sans cesse prorogées, les citoyens de leurs garanties, parce qu’il lui est plus commode de faire voter un texte que de réformer la police. Son tort est de croire le citoyen assez sot pour ne point s’en apercevoir.

Il en va de même de telle déclaration, prise au hasard dans les journaux de la veille. Accordant une grâce à Jacqueline Sauvage, convaincue par deux cours d’assises successives du meurtre de son mari, le Président de la République fait publier qu’il a exercé sa prérogative « dans le respect de l’autorité judiciaire ». C’est évidemment le contraire qui est vrai, ce dont d’ailleurs on peut se féliciter, parce que c’est l’essence même du droit de grâce que ce désaveu justifié d’une justice nécessairement imparfaite.

Il faut convenir que le déni de réalité n’est pas le fait des seuls politiciens. La presse y joue son rôle, et chacun de nous, qui ne détestons pas nous faire abuser. Je me souviens d’avoir assisté, dans un café, à la retransmission de l’arrivée du cercueil de François Mitterrand sur la base militaire de Cognac. Alors qu’un régiment d’infanterie, colonel en tête, rendait les honneurs, et que la dépouille était suivie par le président du Conseil constitutionnel, un commentateur à la voix sobre et grave proférait cette énormité que le président avait voulu « ces funérailles toutes simples, celle de n’importe qui », sans que le public éclatât de rire.

Il est permis de penser que les gouvernants ne croient pas eux-mêmes aux fables qu’ils nous racontent, et qu’ils vont sur leur erre parce qu’ils ne savent rien faire d’autre. On remanie. Personne ne pense sérieusement, j’imagine, que M. Placé va réformer l’Etat ni M. Ayrault discuter de pair à compagnon avec Poutine. On découpe, on promène de-ci-de-là la femme, l’enfance, les sports, la famille, parce que le métier veut ça. On ministérialise les « victimes » – mais de quoi? -, la « ruralité » et « le climat ». Un jamboree d’excellences organisé par un ministre hôtelier doit être tenu pour une avancée décisive. Un gouvernement pléthorique dont plus des deux tiers des membres sont des inconnus passe pour « resserré ». On le dit aussi de « combat », et ce mot évoque les généraux battus de 1940 qui se décoraient dans les cours de ferme. Ce n’est pas qu’on ignore que les chômeurs se comptent par millions, ni que les jeunes ne trouvent pas de travail, ou que le pays s’affaisse dans une crise morale sans précédent. Il y a des carrières à poursuivre, de la soupe à faire bouillir, et puis, comme le disait un politicien de naguère, n’a-t-on pas « tout essayé »?

Ce serait donc pitié que d’aider nos gouvernants à se rendre meilleurs. Il y suffirait d’un rite nouveau. Autrefois, à mardi gras, les avocats de Paris promenaient dans le palais de justice un bœuf, qui était solennellement conduit en procession dans le cabinet du premier président, afin de lui rappeler la vérité de son état. Instaurons un carême républicain, une période de quarante jours où nul ministre ne pourrait tweeter, imaginer une loi nouvelle, dire du bien ou du mal d’aucun de ses collègues, tenter même de nous faire croire qu’il travaille pour nous. Ce temps de « common decency » réconcilierait peut-être le pays avec ceux qui se sont donné pour but personnel de le conduire, ces bergers disait Tocqueville, qui ne sont pas de meilleurs animaux que nous et qui bien souvent en sont de pires.

François SUREAU

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« L’objet principal de la politique est de créer l’amitié entre les membres de la cité. » Aristote.

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