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La France, est-elle encore gouvernable ?

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Le monde politique est confronté à une crise de défiance, amplifiée par l’usage des réseaux sociaux, à laquelle il n’a jamais eu à faire face jusque-là.

Comment répondre à ces revendications, variées, individualistes, et souvent contradictoires ?

- Plus de services publics, mais moins d’impôts.

- Plus d’emplois avec une relance de la croissance, mais avec moins de concurrence.

- Plus de sécurité, mais avec moins de règles contraignantes.

- Lutter contre le réchauffement climatique mais sans conséquences pour les plus démunis.

- Réduire l’endettement du pays, mais pourquoi pas en décidant de ne plus rembourser nos dettes ?

- Sortir de l’Europe, censée être la cause de la plupart de ces méfaits, mais en étant plus fort en restant seuls.

D’après le politologue, Olivier COSTA (Directeur de recherche au CNRS), « Les causes de ce syndrome sont connues : déclin des idéologies, affaiblissement des corps intermédiaires, pessimisme généralisé, peur du déclin (social, économique, industriel, environnemental, culturel, religieux…), crainte des grands changements (mondialisation, migrations, concurrence internationale, terrorisme, métropolisation…) et opportunisme des marchands de peur et de rêve, qui attisent l’angoisse et la haine, fonds de commerce de leurs prospères PME populistes et médiatiques. »

Ce qui se passe en France est aussi à relier à d’autres événements survenus hors de notre pays : aux USA avec Trump, en Turquie avec Erdogan, en Russie avec Poutine, et dans plusieurs autres pays d’Europe ou, récemment, d’Amérique Latine.

L’importance des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux bousculent les logiques traditionnelles des mobilisations, de la communication, de l’information et du fonctionnement de l’espace public. Ils permettent, sans le moindre moyen financier, humain ou logistique, d’organiser à large échelle l’action de personnes qui ne se connaissent pas. Cela est vrai pour l’organisation d’une grande soirée improvisée via Facebook, ou pour un mouvement comme celui des « gilets jaunes ».

En revanche l’espace des réseaux sociaux est difficile pour structurer les idées et débattre en toute sérénité.

On le voit au sein même des « gilets jaunes » où les réunions sont houleuses et souvent sans « queue ni tête ». Par exemple à l’occasion de l’intervention à Nice de Monsieur X qui se vantait de savoir comment faire plier le gouvernement. Deux heures complètement surréalistes… Mais aussi avec les antis (antis gilets jaunes, antis capitalistes, antis Europe,..) et les « trolls » qui viennent ensemble jeter de l’huile sur le feu, ou diffuser de fausses nouvelles (fake news). Et enfin tous ceux qui ont un avis arrêté sur ce qu’il faut faire (La France Insoumise, le Rassemblement National, et les autres partis en général, dont La République En Marche) et qui n’écoutent que ce qu’ils veulent entendre.

La conséquence c’est un dialogue de sourds, et la constitution de groupes qui s’opposent sur leurs convictions sans chercher à dégager des bases qui pourraient les réunir.

C’est comme si l’émotion l’emportait sur tout, et surtout sur le raisonnable ou la raison tout court. Au point que l’on peut entendre un éditorialiste de BFM-TV dire à un « gilet jaune », venu s’exprimer sur le plateau télévisé, que c’était un faux gilet jaune parce que ses commentaires étaient trop réfléchis et sa pensée trop structurée… donc nécessairement inspiré par un parti politique. Sa réponse cinglante qualifiant le journaliste de « faux journaliste » n’en était que plus savoureuse.

Ce 21ème siècle devient-il le siècle des émotions ?

« J’ai fait un acte répréhensible mais j’étais vraiment en colère… Je n’ai pas assez d’argent pour vivre, on se moque de moi… Le meilleur chanteur est celui qui est le plus écouté… Le réchauffement climatique existe-t-il vraiment, car beaucoup d’Américains n’y croient pas… Regardez ces nuées d’immigrés débarquer dans notre pays, Marine l’a dit… »

A force d’entendre tout, de lire tout et son contraire; de croire, ou de refuser de croire, à toutes les informations qui fusent, le citoyen ne se fie qu’à son émotion. La faisabilité des réformes n’est plus un paramètre pertinent.

Peut-on gérer un pays dans la paix et l’unité en se basant sur des émotions ?

Il n’y a qu’à voir nos médias consulter l’homme de la rue sur tous les sujets du moment, qu’il ait un avis éclairé ou, le plus vraisemblablement, pas. Tous ces sondages quotidiens qui nous disent ce que pense la majorité… des sondés.

Toutes les « fake news » qui circulent (y compris les fausses vidéos d’il y a plusieurs années et soi-disant datées de novembre ou décembre 2018) et se propagent à la vitesse de l’éclair. Il faut une minute pour répandre une fausse information dans le Net, et de longues minutes pour apporter la preuve que c’est un faux. Et encore est-on sûr que tous ceux qui ont vu la dite vidéo, verront le message qui explique que c’est un faux ?

Les populistes, et certains partis révolutionnaires, prospèrent sur cette situation et jouent avec les émotions. C’est comme cela que les partisans du BREXIT ont gagné au Royaume Uni, ou que Trump a été élu aux Etats Unis.

Beaucoup des informations présentées par nos médias sont issues des réseaux sociaux. Il faut espérer que les meilleurs journalistes font attention à ne pas diffuser de fausses informations, ou à relativiser certaines opinions, mais néanmoins les réseaux sociaux deviennent une caisse de résonance, elle-même amplifiée par les médias.

Les partis d’opposition et les syndicats sont déconcertés par un mouvement qui leur échappe ? A défaut de pouvoir en prendre le contrôle, ils mobilisent leurs troupes pour surfer sur la vague du mécontentement et profiter de la faiblesse d’un gouvernement aux abois. Certaines batailles syndicales trouvent, en ce moment, leur solution rapidement en menaçant simplement de faire grève.

Comment donc gouverner ?

Je citerai à nouveau Olivier COSTA qui fait l’analyse suivante : « La logique d’argumentation qui domine les réseaux sociaux, et les médias d’information continue à travers ces plateaux où des chroniqueurs viennent mesurer leur capacité respective d’outrance et de démagogie, conduit à un relativisme du savoir et de la compétence qu’on a vu poindre aux États-Unis dès les années 1990. Les experts ne savent rien. Les (bons) journalistes sont des menteurs. Les élus des voleurs. Les ministres des incompétents… 

On reconnaît, pour un temps encore, la compétence de l’électricien, du pilote d’avion ou du chirurgien (personne ne souhaitant qu’un citoyen lambda s’occupe de son installation électrique, prenne les commandes de l’Airbus où il est installé ou l’opère du genou), mais le haut fonctionnaire est un sot, le professeur un farfelu, le parlementaire un imposteur.

On méprise tout autant l’engagement associatif, partisan, syndical, et l’on nie la compétence et la légitimité de ceux qui donnent de leur temps, toute l’année durant, pour faire avancer des idées et des causes, et savent comment mener une mobilisation et une négociation.

Comment gérer une société dans laquelle chacun veut plus sans se soucier du fait que toute dépense publique doit être financée et que toute décision a des conséquences négatives ? Une société dans laquelle le sens de l’intérêt général a cédé la place au chacun pour soi ? Une société où l’on ne se soucie plus de la cohérence des discours et des revendications ? Une société où les citoyens s’en remettent au premier vendeur d’huile de serpent venu ? »

Conclusion

Entre ceux qui espèrent tirer avantage de la situation insurrectionnelle actuelle (LFI, RN,…), ceux qui rêvent de nouveaux systèmes politiques sans trop savoir comment les définir vraiment,  ceux qui cherchent un leader autoritaire mais paternel, et enfin ceux qui veulent protéger leurs intérêts et que rien, ou peu de choses, ne change, le chemin est étroit pour notre « jeune » président qui se prépare à s’adresser à la nation, et dont on attend sans doute des miracles.

Dans ces heures difficiles, j’aimerais avant tout deux choses: que nos gouvernants sachent trouver un équilibre entre le besoin de social, le besoin de justice, la fraternité et la raison; mais aussi que la France s’inspire de la devise de Paris : « Fluctuat nec mergitur ».

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2 Commentaires

  1. Morat

    10 décembre 2018 à 18 h 58 min

    Bonjour Mr Raucoules,
    Belle analyse en espérant que les mesures annoncées ce soir permettent d’apaiser la situation et que l’activité puisse reprendre normalement.
    Cordialement
    PS : errare humanum est, persevare diabolicum

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    • christianraucoules

      10 décembre 2018 à 21 h 13 min

      Merci Etienne.
      On connait maintenant la réponse du Président. Je pense qu’il est sur le chemin que j’espérais qu’il prenne. Il faut cependant attendre le détail de la part du gouvernement cette semaine pour en être totalement sûr.
      Cordialement

      Répondre

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