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L’état de la France en 2019, à la veille de la pandémie du COVID-19

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Le monde d'après

Au moment où nous luttons contre les effets actuels, et les risques futurs, de la pandémie du COVID-19, il m’a paru intéressant de faire un point sur l’économie française fin 2019.

Cela permettra de mieux mesurer les effets de cette crise sur notre pays dans les deux prochaines années, mais aussi d’ouvrir des pistes sur ce que pourrait être la « France d’après ».

Quels sont les données économiques générales de la France fin 2019 ?

Pour mesurer les performances de l’économie française fin 2019, le mieux est de la comparer à ses voisins de l’Europe de l’ouest appartenant à la Communauté Européenne (nous avons exclu le Royaume Uni en raison du BREXIT).

fichier pdf Comparaison performances européennes

On constate que notre pays reste bien la deuxième économie de la Communauté Européenne, après l’Allemagne, avec toujours les mêmes forces (forte population, croissance économique correcte, bon niveau de vie), mais aussi les mêmes faiblesses, à savoir un taux de chômage encore élevé, et des dépenses publiques toujours importantes, malgré une nette amélioration ces deux dernières années sur ces deux points.

Cela dit ce sont encore des chiffres provisoires (pour le déficit notamment). La crise des « gilets jaunes » a entraîné l’augmentation des dépenses sociales alors qu’initialement les recettes avaient été projetées en réduction. Donc le déficit public risque de bondir à 3% au lieu des 1% projetés.

En 2020, avec la crise du Covid-19, on devrait assister à une baisse importante du PIB (situation observée une seule fois dans les 25  dernières années, avec un PIB en baisse de 4,5% entre 2008 et 2009), mais également un accroissement énorme des dépenses de l’état, une reprise du chômage et  un envol de la dette publique.

Il reste à « espérer » que nos voisins seront soumis aux mêmes conséquences compte tenu de la généralité de cette crise.

Point sur la dette publique de la France fin 2019

Où en sommes-nous au niveau de la dette publique du pays, avant de plonger dans les profondeurs dans lesquelles va nous entraîner le Covid-19 ?

fichier pdf Dette publique fin 2019

Bonne nouvelle, pour le moment, le niveau de la dette publique, bien qu’élevé à presque 100% du PIB, a été maîtrisé ces deux dernières années.

Le nouvel endettement, qui va être la conséquence de la crise du Covid-19, va accroître notre dette de près de 15 %.

Si on se reporte au premier tableau sur la comparaison des performances européennes, nous remarquons tout de suite que nous allons rejoindre les autres pays de l’Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal et Grèce) en franchissant la barre symbolique des 110% de dette publique.

Nous constatons également sur le tableau de la dette des administrations publiques (tableau 1 bis) que c’est la part des dépenses de l’administration publique centrale, et de celle des collectivités territoriales, qui continuent d’augmenter alors que celle de l’administration de la sécurité sociale est en constante amélioration.

Quel est le niveau des prélèvements obligatoires en France fin 2019 ?

Sans surprise, malheureusement, on constate dans le tableau suivant que les impôts prélevés en France sont en constante évolution : + 9,2% depuis fin 2016, en seulement 2 ans, et + 18.7% depuis 2012.

Dans la même période, le PIB a progressé de 10.2% et les salaires moyens de 12.9%, donc en retrait par rapport à la progression en volume des impôts de toutes sortes.

 fichier pdf Total des impôts payés en France de 2012 à 2018

Les impôts qui ont le plus fortement augmentés en volume sont : les impôts sur les produits, dont la taxe sur les produits énergétiques (+ 35 %), les impôts nets sur le revenu (+ 16,2 %), notamment en raison de la forte augmentation de la CSG (+ 36,4 %), et enfin les taxes sur les salaires et la main d’œuvre (+ 19,9 %).

A noter que l’impôt sur le revenu des personnes physiques (plus visible pour le citoyen) a tout de même progressé de 24 % en 6 ans, presque exclusivement sous la présidence de François Hollande, suivi d’une très faible progression depuis 2017 (+1.2% sur 2 ans).

Les impôts qui ont le moins augmenté en volume sont : la taxe d’habitation, stabilisée depuis 2012 et qui est progressivement supprimée à partir de 2019, et bien entendu l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) avec une diminution de plus de 64% depuis son remplacement par l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière).

Grâce à la croissance de notre PIB le taux des prélèvements obligatoires s’est stabilisé autour de 46% (il a été plus élevé par le passé).

La chute du PIB en 2020 va, de facto, réaugmenter le taux des prélèvements obligatoires (exprimé en % du PIB). Sans doute pour cette raison, le gouvernement a promis de ne pas augmenter les impôts en 2021 malgré la gravité de la crise économique, et donc de la chute des recettes, à la suite de la pandémie.

Nous mesurerons cela dans deux ans, pour voir si les promesses ont été tenues.

Comment nos impôts sont-ils employés par l’état fin 2019 ?

La partie des impôts utilisés par l’état central, à savoir 333 Md€ (sur les 684 Md€ de prélèvements), est employée de la manière suivante (détail dans le tableau 3 ci-après) :

-          41% pour payer les personnels de l’état (le premier employeur étant l’éducation nationale).

-          27 % pour les transferts aux ménages (allocations diverses), aux entreprises (aides à l’emploi), et aux collectivités territoriales et autres (associations, régimes spéciaux de retraite…).

-          Les 22% restants sont affectés au fonctionnement de l’état et des services publics, et une part faible (4% sur les 22%) aux investissements.

fichier pdf Analyse budget de l’état depuis 2011

On constate peu de différences depuis 2013 sur la répartition des dépenses du budget général, avec une forte hausse tout de même des dépenses d’intervention en raison de l’augmentation des aides de toutes sortes (aux entreprises, mais aussi aux collectivités pour financer la disparition de la taxe d’habitation).

Quelles pistes peuvent se dessiner pour le futur de l’économie française ?

Des points que nous avons vus jusque-là il ressort que les grands équilibres de notre économie sont stables depuis 2012.

La France « continue sa route », avec plus ou moins de social, plus d’aides aux entreprises, plus de dépenses publiques, et donc plus d’impôts, mais aussi plus d’endettement malgré un effort, qu’il faut reconnaître, de maintien du niveau de la dette ces deux dernières années.

Avec la grave crise du Covid-19 en 2020, et la mise à l’arrêt de notre économie pendant de longues semaines, la question que beaucoup se pose est la suivante : est-ce que le « monde d’avant » va reprendre sa route, pour garder l’image précédente, ou bien allons-nous opérer des changements profonds dans ce qui deviendrait alors « le monde d’après » ?

C’est ce que nous allons tenter d’aborder dans ce dernier point de mon article, en listant les pistes qui mériteraient d’être suivies dans la construction d’un monde différent, a minima au niveau français.

Comme ce sont des sujets que j’ai eu l’occasion de traiter auparavant dans divers articles publiés sur ce blog, je me permettrai de diriger le lecteur vers ces articles plus spécifiques.

Au point de vue social :

La crise a montré que notre société française avait à sa disposition de nombreux moyens pour « amortir » l’effet d’une crise comme la pandémie du Covid-19 (chômage partiel, chômage technique, arrêt maladie, prolongation des allocations chômages, allègement des charges sociales, etc.).

A cette occasion beaucoup ont rebondi sur le thème du Revenu Universel, et ont plaidé pour sa mise en place rapide. Le projet avait d’ailleurs été annoncé par Emmanuel MACRON dans son programme, et abandonné au début de cette année.

Je vous recommande de lire mes deux articles sur ce thème : « Le Revenu Universel : un sujet d’actualité » du 20 novembre 2019, et « Le Revenu Universel : proposition de mise en œuvre » du 27 novembre 2019.

Le Revenu Universel pourrait être l’outil à utiliser comme « amortisseur » des difficultés rencontrées au cours d’une vie. Il serait sans doute un peu moins généreux que les dispositifs employés ces deux derniers mois, mais très utile en d’autres occasions au cours de l’existence, avec un coût compatible avec le niveau des aides sociales existantes en 2019.

Au point de vue fiscal :

Le rejet, de plus en plus massif, des niveaux élevés des prélèvements obligatoires, et la contestation de la politique fiscale du gouvernement (augmentation de la CSG, suppression de l’ISF) ces dernières années, plaident, à mon avis, pour une mise à plat de notre fiscalité.

A plusieurs reprises les gouvernements précédents (notamment sous Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE) ont annoncé qu’ils allaient revoir en profondeur la politique fiscale. Mais ces projets ont été ensuite abandonné car très complexes, et surtout très risqués sur le plan politique.

Pourtant il faudrait une véritable « révolution fiscale » pour rendre notre fiscalité plus simple et plus équitable.

Si on doit vraiment repenser le « monde d’après » il serait temps de s’attaquer à ce type de réforme qui est plus profonde encore que celle des retraites.

Je vous recommande de lire l’article que j’ai diffusé sur ce sujet le 6 novembre 2015 et qui s’intitule « Pour une fiscalité plus simple et plus efficace ».

Au point de vue économique et sociétal :

L’une des retombées positives de la pandémie actuelle est la baisse visible du niveau de pollution dans nos villes.

Nous avions pris des engagements sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et sur la modification du mix énergétique, pour augmenter la part des énergies renouvelables et baisser celle des énergies fossiles, lors de la COP21 tenue à Paris en 2015. Et même si cet engagement a été renouvelé lors des COP22 à 24 qui ont suivi, nous avons pu constater que nous ne tenions pas le calendrier initialement prévu, et malheureusement pu aussi constater, sous le mandat du président actuel, que cela ne restait qu’une simple promesse électorale.

Je recommande la lecture de mon article du 3 mai 2016 intitulé « Quel avenir pour les énergies renouvelables en France ? », ainsi que celui du 15 décembre 2018 intitulé « Changements climatiques – Des lendemains qui déchantent ».

C’est donc l’occasion de remettre ces sujets au premier plan, dès que la pandémie sera arrêtée, et de lancer un véritable programme ambitieux de transition écologique. Les baisses « éventuelles » d’emplois (non prouvées à ce stade) que pourraient entraîner cette nouvelle politique pourraient être compensées par une révision de notre politique industrielle et le rapatriement (comme aux Etats Unis) de productions faites en Chine, ou en dehors de l’Europe de manière générale, en veillant à ce que la protection de l’environnement soit respectée lors de ces retours sur le sol français.

Le comportement du citoyen français peut changer, à condition de s’engager fortement dans le changement de nos modes de production et de consommation d’énergie. On peut payer un peu plus cher un produit textile « made in France » si on limite très légèrement sa quantité d’achats textiles. Idem pour de nombreux produits de consommation courante. Et sans oublier, bien entendu, la production de produits à usage médical dont le besoin d’autosuffisance s’est fait ressentir de manière cruciale pendant cette pandémie.

Conclusion

Pour le « monde d’après » on peut, bien entendu, avoir envie de beaucoup plus de changements que ceux que j’ai énoncé ci-dessus : comme un changement de système politique, de mode électoral, de révision des bas salaires, etc.

Tout est imaginable, mais comme un consensus est nécessaire pour y arriver, je pense que nous pourrions commencer par les points évoqués dans mon article. Ceux-ci engendreraient, de facto, de nombreux autres changements dans notre société française.

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