Nous allons regarder ensemble ce que contient le dernier rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites), publié en juin 2025 (cet article fait suite à mon précédent de 2023 sur le rapport du COR de septembre 2022).
Les hypothèses de base pour l’étude des scénarios
Ce rapport est basé sur le jeu d’hypothèses de long terme retenues en février 2025 par la Cour des Comptes (augmentation de la productivité annuelle de 0,7%, et taux de chômage de 7% à long terme). Cependant les membres du COR ont décidé de remettre à plat l’ensemble des hypothèses démographiques, avec l’aide de l’INSEE, pour le prochain rapport 2026.
Que représentent les dépenses de retraite en pourcentage du PIB (Produit Intérieur Brut) ?
On a vu dans mon article précédent qu’il valait mieux raisonner sur la valeur relative des retraites (% du PIB) plutôt que sur la valeur nominale (autour de 340 Milliards d’€ en 2022). Les dépenses du système de retraite rapportées au PIB (= richesse produite par la France chaque année) constituent un indicateur déterminant pour évaluer la soutenabilité financière du système de retraite. Il représente, de manière globale et synthétique, le niveau des prélèvements qu’il faut opérer sur la richesse produite par les actifs pour assurer l’équilibre du système de retraite (prélèvements égaux aux retraites versées).
Ainsi en 2022 les dépenses du système de retraite français représentaient un peu moins de 14% du PIB. En 2024 on reste au même niveau avec un taux de 13,9% du PIB (environ 407 Milliards d’€).
En comparaison avec les autres pays de l’OCDE
Ce niveau est considéré comme élevé en comparaison internationale.
Si on se compare aux autres pays de l’OCDE on obtient les résultats suivants :
Italie = 17 % (dont 16% par capitalisation)
France = 14,3% (13,9% par répartition et 0,4% par capitalisation).
Etats-Unis = 13,6% (dont la moitié par capitalisation). Mais le PIB par habitant est le plus élevé de l’OCDE.
Espagne = 13% (dont 12,8% par répartition).
Belgique = 12,9% (dont 11,9% par répartition).
Allemagne = 12,3% (dont 11,8% par répartition).
Canada = 10,1% (6% par répartition) qui est le pays avec le taux le plus bas de l’OCDE.
La part du système de répartition (cotisations publiques) par rapport au système de capitalisation (cotisations privées) dépend de la politique du pays en matière sociale : les pays d’Amérique du Nord préfèrent une retraite générale (répartition) faible et à chacun de se couvrir à titre privé, alors que les pays européens sont majoritairement pour la répartition et un meilleur niveau de retraite générale.
Les prévisions du COR pour le système de retraite jusqu’en 2070
Dans le scénario de référence le COR fait une projection de 13,9% du PIB à l’horizon 2035, 14,1% à l’horizon 2050, et 14,2% à l’horizon 2070.
La quasi-stabilisation des dépenses de retraite dans le PIB prévue en 2070 par rapport au niveau observé en 2024 ne corrobore donc pas l’idée d’une croissance plus soutenue des dépenses de retraite par rapport à la richesse nationale. Il est important de le rappeler, notamment dans un contexte où de nombreux jeunes doutent de la capacité du système à leur garantir une pension à l’avenir : bien qu’il se situe à un niveau singulièrement élevé en comparaison internationale, le prélèvement qu’il faut opérer sur la richesse produite pour payer les retraites reste globalement stabilisé sur l’ensemble de l’horizon de projection.
Cette quasi-stabilité peut sembler étonnante au regard du vieillissement démographique attendu. Celui-ci viendra inéluctablement peser sur les dépenses de retraite futures, en augmentant le nombre de retraités par rapport au nombre de cotisants. L’évolution démographique défavorable est toutefois atténuée par les réformes qui augmentent le taux d’emploi des seniors et entraînent un recul de l’âge de départ à la retraite, ce qui diminue les dépenses de retraite : cet âge passerait de 62,9 ans en 2023 à 64,6 ans en 2070.
Ce qui pèse en effet sur le poids du système des retraites dans le PIB c’est la diminution des cotisations à venir : actuellement 13,8% de cotisations (pour 13,9% de dépenses), puis 13,3% de cotisations en 2050, et 12,8% en 2050 (gap de 1,4% par rapport au coût du système).
Niveau de vie moyen des retraités rapporté à celui de l’ensemble de la population
Du fait de l’indexation du système de retraite sur les prix, la pension moyenne continuera de croître en euros constants, mais moins vite que les revenus d’activité moyens (qui bénéficient des gains de productivité en sus de l’inflation). Le niveau de vie des retraités, rapporté à celui de l’ensemble de la population, serait ainsi en 2070 de 87,2 % contre 97 % en 2025 (alors qu’il était supérieur en 2019 au niveau de vie moyen de l’ensemble de la population). Ce niveau de 87,5% serait similaire à celui de la fin des années 1980.
Ce qui différencie le niveau de vie entre actifs et ménages aujourd’hui est que le ménage de retraités est en moyenne plus petit que celui des actifs (1,5 personne contre 2,5 personnes chez les actifs), et que les retraités sont le plus souvent propriétaires de leur logement, et ont donc moins souvent à payer des loyers.
Besoin de financement du système de retraite
Après avoir enregistré un besoin de financement de 1,7 milliard d’euros (-0,1 % du PIB) en 2024, le système de retraite resterait durablement en déficit sur toute la période de projection.
La situation financière du système de retraite s’est dégradée entre 2023 et 2024, du fait de la forte revalorisation des pensions de base (+5,3 % au 1er janvier 2024) et complémentaires (+4,9 % pour les pensions Agirc-Arrco au 1er novembre 2023) mais aussi par le coût des mesures d’accompagnement de la réforme 2023, principalement lié à la revalorisation des petites pensions. Les hausses de cotisations vieillesse des employeurs privés et publics n’ont pas suffi à contrecarrer ces évolutions des dépenses.
Cette dégradation se poursuivrait sur l’ensemble de la période de projection pour atteindre -0,2 % du PIB en 2030 et -1,4 % du PIB en 2070.
Quels besoins suivant les régimes de retraite ?
La situation financière serait très différente selon les régimes.
Les régimes de base des salariés du privé et le FSV (Fonds de Solidarité Vieillesse) connaîtraient des besoins de financement sur l’ensemble de la période de projection en prenant en compte leurs transferts financiers vers les autres régimes.
Il en serait de même pour les régimes de la fonction publique et les régimes spéciaux, pris dans leur ensemble, en raison notamment du creusement du déficit de la CNRACL (retraite des fonctionnaires).
Les régimes complémentaires des salariés du privé seraient quant à eux excédentaires sur l’ensemble de la période de projection, notamment du fait des excédents du régime Agirc-Arrco. Le niveau de réserves d’au moins six mois de prestations, qui constitue une règle de pilotage de ce régime, serait largement dépassé.
Enfin, les régimes des non-salariés, hors indépendants, seraient excédentaires sur la période.
Quels leviers utiliser pour équilibrer le système de retraite ?
Les rapports annuels du COR évoquent traditionnellement plusieurs voies de financement du déficit des retraites, ces voies n’étant pas exclusives les unes des autres et pouvant donc être combinées.
Il s’agit de la modération de la progression des pensions nettes de prélèvements, de la hausse des contributions retraites des salariés, de la hausse des contributions retraites des employeurs, et d’un recul de l’âge de départ à la retraite.
Comme l’a rappelé la Cour des Comptes dans le cadre de sa mission flash, ces différents leviers ne sont pas équivalents du point de vue de leurs effets macroéconomiques de long terme. Les trois premières de ces quatre voies sont récessives : les deux premières réduisent le revenu net et donc la demande des ménages, ce qui affaiblit le PIB ; la troisième voie d’une augmentation des contributions retraites payées par les entreprises augmente le coût du travail, ce qui réduit l’investissement et l’emploi et donc aussi le PIB. À l’inverse, la quatrième voie aboutit à augmenter l’offre de travail et donc à terme l’emploi et le PIB. Néanmoins, à plus court terme, un recul de l’âge de la retraite peut conduire à une augmentation du chômage, le temps que le marché du travail s’ajuste à ce supplément d’offre de travail. Il provoque également des effets reports sur d’autres pans des dépenses publiques (chômage, maladie par exemple).
Les effets sur les finances publiques globales sont donc plus ou moins importants selon le levier retenu.
Conclusion
Bien entendu le scénario de référence que l’on vient de voir est très sensible aux évolutions démographiques et économiques.
Par exemple le taux de fécondité retenu pour ce scénario à 1,8 enfant par femme alors que la dernière tendance est de 1,6. Le taux de chômage a également son importance (variation possible de 5% à 10%).
Il faut donc rester prudent et mener régulièrement des études sur ce sujet.
Ce que l’on peut dire néanmoins, c’est que le système de retraite français n’est pas dans une impasse comme on voudrait le dire, et que des aménagements sont possibles.
Si un retour à la retraite à 60 ans paraît illusoire (compte tenu de son coût), il est toujours possible d’aménager un départ plus tôt en fonction de la pénibilité des emplois, ou de protéger les petites retraites en diminuant les plus importantes s’il le faut (qui pourraient compléter leur retraite par le capitalisation volontaire).
La parole est donc aux organisations syndicales (patronat et travailleurs) pour améliorer le système à coût constant, sans que des intentions politiques (comme favoriser la capitalisation et réduire la participation, faire partir tous les salariés le plus tard possible, diminuer les cotisations des entreprises…) ne viennent troubler la vie de notre système français de retraite.




